Fournier Vincent – Text u. Biografie.    Lien pour l’exposition au musée bruderklaus de sachseln du 9 avril au 1er novembre 2017

mbk - 113 - Vincent Fournier u. Lissy Funk

exposition à la fondation Louis Moret, Martigny 8 novembre-14 décembre 2014

le nuage d’inconnaissance

La beauté est au dedans non en dehors. La structure extérieure peut-être équilibre, harmonie, nombre- mais c’est ce qu’elle contient qui donne vie et lumière à la construction. Sans spiritualité, le merveilleux ne peut être beau. Antonio Calderara, peintre.

Il y a un peu plus d’une année, Vincent Fournier installait ses peintures à Sion, au jardin du couvent des Capucins, dans la maison des Evolènards délaissée depuis des décennies. Vidée, balayée et aérée, la bâtisse aux petites chambres fanées et aux murs lépreux devenait le lieu d’une exposition bouleversante, de celles qu’on n’oublie pas, tant les images, l’espace et le peintre lui-même se confondaient dans un instant d’une justesse totale. Ceux qui on vu en 2005 l’installation que Vincent Fournier présentait à l’ancienne Fabrique de drap à Sion en ont gardé un souvenir comparable.

Après une exposition ce printemps à la galerie Michel Foëx à Genève avec Philippe Deléglise, parallèlement à l’exposition collective Mon Tan Dun qui se tient actuellement à Sierre jusqu’au 22 novembre, Vincent Fournier arrive à la Fondation Louis Moret et la rencontre de son œuvre avec cet espace-écrin ne pouvait être que fertile. Et riche. Mais pauvre, forcément pauvre. Saint François, Sainte Claire et Dame Pauvreté ne laissent pas de doute quant à ce minimalisme de la forme, l’économie du geste, la simplicité des matériaux, ce vocabulaire abstrait jusqu’à l’amaigrissement  et parfaitement assimilé par l’histoire de l’art moderne et contemporain, qui ne s’y identifient toutefois pas exclusivement.

Car Vincent Fournier est peintre et travaille la matière, mais il parle de contemplation. Il en parle tout le temps et partout à  travers quelques thèmes; la dualité sous différentes formes, l’empreinte ou véronica, la kénose-cette notion théologique de l’humilité de Dieu-,  le nuage d’inconnaissance d’après le texte d’un mystique anonyme du XIII ème, ce nuage entre Dieu et soi qu’il faut frapper avec les mots, ou encore le nuage d’oubli, à mettre entre le monde et soi.

Peu de thèmes mais sans cesse renouvelés par le dialogue avec les matériaux – un papier ancien jauni, une belle feuille épaisse ou un carton aux contours évocateurs-. Il n’est pas rare que la peinture repose quelques années avant de trouver son achèvement aux yeux de l’artiste, lorsqu’une ligne de lumière rencontre une surface peinte qui dormait, lorsqu’un cadre arrive à point, souvent présenté à l’envers de ses dorures ou qu’une emprunte se révèle à qui sait  la voir. C’est ce qui donne à l’œuvre de Vincent Fournier cette qualité de présence dans la plus humble de ses pièces.

Cette exposition est à l’image de son travail; elle offre des approches contrastées d’abondance et de silence, des oppositions qui font sens. Deux murs, à l’entrée et près de l’escalier, s’intitulent Ex-voto, comme ces accrochages votifs où se tiennent ensemble les images populaires de la gratitude. Chacune est autonome dans sa signification mais se renforce par la promiscuité. Leur nombre amplifie leurs intentions, ce sont des images abstraites toutes habitées d’une pensée.

Au mur opposé, la proposition est radicale; une aquarelle de grand format de la série Kénose sur  laquelle s’inscrivent deux traces descendantes, à la fois puissantes et subtiles, qui canalisent la lumière en leur centre, et la font remonter en sens inverse. Elle dialogue avec deux petites abstractions typiques du vocabulaire de Vincent Fournier, qui sont peintes au verso de deux images pieuses dont le peintre cherche à révéler la nature de symbole spirituel tout en protégeant la représentation figurée, cachée, qui lui reste précieuse. Plusieurs des peintures présentées ici contiennent ce type d’images secrètes.

Une installation met en scène dans un dialogue silencieux deux couleurs, brun et bleu, la terre et le ciel, deux figures, celles de Saint-François et de son double féminin Sainte Claire, leur vœu de pauvreté, la table et la palette du peintre comme la métaphore d’un repas sacré. Une communion qui fait écho, sur le mur d’en face, au Pain du Ciel, l’hostie brisée selon le rituel de l’eucharistie.

La plus secrète des images de cette exposition est un petit monochrome blanc sur un grand mur blanc; c’est l’essence d’une présence qu’il faut chercher en se penchant pour distinguer l’empreinte d’une silhouette. Celle qu’une image de Marie a laissé sur une plaque de verre sous laquelle elle se tenait depuis bien longtemps. Le cœur immaculé, un monochrome blanc; l’image est agie. Non par le geste du peintre mais par d’autres contingences que son regard révèle.

L’œuvre de Vincent Fournier situe dans la tradition d’une abstraction minimaliste très proche de la ligne d’exposition que tient la Fondation Louis Moret depuis de nombreuses années; elle est d’une grande beauté et d’une sincérité absolue; le discours de foi profonde qui l’accompagne, assez rare dans l’art contemporain, en est la source profonde et indissociable. Une source qui s’échappe aussi et abreuve librement tout ceux qui savent voir.

texte de Marie Fabienne Aymon , directrice de la fondation Louis Moret


DEUX

Au delà de la forme abstraite de leurs travaux, on peut se demander ce qui réunit les deux artistes,Philippe Deléglise et Vincent Fournier, dans une exposition commune. Un premier élément de réponse se trouve dans les qualités qu’ils prêtent aux supports de leurs œuvres et dans la dynamique que ces qualités induisent. Pour eux, le support est moins un espace coordonné qu’un lieu de surgissement. Il appelle moins une géométrie qu’une géomancie: c’est un plan-source.

Fournier ausculte ses supports, explore leur matérialité; il visite leur verso, il les plie, les rompt, interroge leur transparence, leur texture, les traces de leur histoire.Deléglise utilise les figures de Chladni comme modèle pour ses peintures. Les traces des vibrations observées sur une plaque de cuivre sont transposées sur la toile. Elles forment alors une matrice qui organise l’alternance des pleins et des vides dans le traitement de la surface. La couleur se révèle tantôt propre à une figure, tantôt mêlée aux couleurs d’une deuxième et d’une troisième figure. Nous sommes ici loin d’une construction, d’un exercice de la volonté. Il s’agit au contraire d’une disposition à l’accueil, d’une pratique de l’attention plus que de l’intention.

Un deuxième élément de réponse déterminant, est l’accent mis sur la reconnaissance du sens. Le travail est certes de nature attentionnelle, il exige cependant un complément d’introspection: il s’agit de reconnaître, dans ce surgissement, des éléments récurrents de l’expérience intime et de les évaluer. Dès lors se constitue une image qui fait sens et s’intègre au corpus de l’œuvre comme expression de la rumination intérieure.Sur ces deux points les deux artistes s’accordent, aussi diverses soient les formes que peuvent prendre leurs œuvres.

Philippe Deléglise, à  l’occasion de l’exposition 2 à la galerie Michel Foëx , Genève avril-juin 2014

L’art et la foi

L’expérience artistique est une aventure à renouveler chaque jour. Si l’artiste persévère dans sa quête, il comprend, après un long et patient apprentissage, ce qu’il doit entreprendre. L’inspiration l’accompagne dans le travail. Elle provient, en ce qui me concerne, de la vie intérieure et de la prière. Mes travaux, qu’ils soient figuratifs, symboliques ou abstraits puisent leur source dans la vie avec le Christ. Ils ont à mes yeux même valeur et même importance. Ainsi un petit dessin très pauvre à la mine de plomb vient du coeur et va vers les coeurs autant qu’un sous-verre, qu’une icône, qu’un monument ou une installation.
Je m’applique à une forme d’activité artistique pendant plusieurs semaines durant lesquelles je ne m’adonne qu’à un seul type de représentation, par exemple celle des saints. Souvent, après avoir côtoyer nos amis les saints, vient le besoin de réaliser des peintures ou des dessins beaucoup plus silencieux: les travaux abstraits. Ils proviennent sans doute de la pratique de l’oraison. L’inspiration dicte le rythme de ces périodes. On ne peut les déterminer par avance.
Tous ces différents travaux demandent le même soin et la même attention. Ils rejoignent, une fois terminés, l’intention profonde et mystérieuse qui les a conduits, c’est à dire l’inspiration.
L’artiste vit alors une joie intense: il se reconnaît complètement dans l’oeuvre.
Il arrive parfois, très rarement , qu’une oeuvre imprévue jaillisse spontanément. Elle est jalon indiquant la route à poursuivre. Le plus souvent elle apparaît dans un temps de découragement,
car l’artiste connaît régulièrement la solitude et le doute, ses autres compagnes avec l’inspiration.
Une oeuvre terminée renferme toujours une surprise. L’artiste contribue de toutes ses forces et de tout son savoir à l’oeuvre à réaliser, mais il sait par avance que chacune d’elles échappe à ses
prévisions. Il y reconnaît un dépassement de soi, un émerveillement.
La difficulté majeure que rencontre l’artiste, c’est lui-même. Bien souvent la personnalité de celui-ci s’interpose entre l’inspiration et l’oeuvre à accomplir.
Ne pas savoir attendre est également un obstacle. En ceci l’artiste qui trop s’active ressemble à Marthe, la soeur de Marie dans l’évangile de st Luc au chapitre10.
Savoir attendre est l’ascèse où conduit le véritable art. Garder son énergie et tenter de voir clairement ce que dicte l’inspiration est le grand travail de l’artiste.         vf  2012



"Vincent fournier est un chrétien convaincu. Il est aussi peintre. Ce qui, en d'autres temps, n'aurait provoqué aucun tiraillement (être chrétien et peintre) ne va pas de soi en ce début du XXIème siècle, surtout quand le peintre a comme désir premier de rendre compte de sa foi dans un langage qui ne l'obligerait pas à répéter les alphabets du passé." Jean-Daniel Coudray